par Louise Morand
Le développement de la pédagogie Orff au Québec
est indissociable de la vie et l'oeuvre de Soeur Marcelle
Corneille. Pédagogue formée pour l'enseignement,
et pianiste, diplômée de l'École Normale
de Musique de l'Institut pédagogique de Montréal,
elle est chargée par sa communauté, la Congrégation
de Notre-Dame, d'organiser le programme d'études de
celles qu'on appelait à l'époque les "jardinières
d'enfants". Dans le Québec de l'après-guerre,
la pédagogie pour le préscolaire et l'éveil
musical est encore pratiquement inconnue. Soeur Marcelle reçoit
la même année, des éditions Magnard de
Paris, à titre d'information, la première publication
du volume de Maurice Martenot sur l'éveil des facultés
musicales chez l'enfant. Les idées exprimées
la rejoignent d'une façon particulière. L'été
suivant, elle s'inscrit au Royal Conservatory de Toronto où
Doreen Hall venait d'introduire la pédagogie Orff.
À son retour, soeur Marcelle achète les instruments
et commence à appliquer ces pédagogies nouvelles
avec les groupes d'enfants et les futures enseignantes de
l'Institut Pédagogique de Montréal. Plus tard,
elle se rend à Genève pour suivre une formation
en pédagogie Dalcroze, à Paris pour travailler
avec Maurice Martenot et en Hongrie pour s'initier au système
de formation musicale mis en place par Zoltan Kodaly. Elle
fait ensuite des stages aux États-Unis, elle approfondit
les principes psycho-pédagogiques d'Edgar Willems et
de la doctoresse Maria Montessori. Pour elle, il n'y a pas
qu'une seule approche qui soit valable.
Soeur Marcelle assure la direction de l'École Normale
de musique de 1957 à 1976. Cette institution est reconnue
comme un centre d'excellence en pédagogie musicale
à Montréal. Chaque année de grands pédagogues
européens viennent offrir des formations à l'invitation
de soeur Marcelle : Maurice Martenot, Maurice Corneloup, Marguerite
Croptier, Jacotte Rivière-Raverlat, Miklos Tackas,
Jos Wuytack, Jacques Chailley.
Avec la "révolution tranquille", au début des
années 60, le Québec traverse une période
d'intense bouillonnement d'idées. Le gouvernement de
Jean Lesage entreprend de laïciser l'éducation.
Le rapport Parent (1960) annonce la fin des Écoles
Normales et du cours classique (les CEGEPS seront créés
en 1966). Soeur Marcelle participe à la construction
de cette société nouvelle. Elle est membre de
comités sur l'enseignement musical que dirige Georges
Little au nouveau Ministère de l'Éducation.
Elle rédige un chapitre de l'important rapport Rioux
sur l'enseignement des arts (1967). La musique ne fait pas
encore partie des programmes d'études des écoles
publiques au primaire, mais la formation des maîtres
s'organise. En 1964, Myriam Samuelson anime la première
session de formation en pédagogie Orff à l'École
Normale de musique. Le cours s'adresse aux membres de la FAMEQ
(la Fédération des Associations de Musiciens
Éducateurs du Québec, fondée par Georges
Little en 1967). Lors de la création de l'UQÀM
en 1969, Soeur Marcelle assure la transition entre la formation
développée à l'École Normale de
musique et le programme universitaire de la nouvelle université
du Québec à Montréal. Elle enseigne les
pédagogies Orff et Martenot et introduit les pédagogies
de Dalcroze et de Kodaly dans le programme du Baccalauréat
en enseignement de la musique. Elle travaille à la
création de l'École Préparatoire de Musique
de l'UQÀM dont elle prendra la direction en 1976 et
qui sera reconnue par le conseil d'administration de l'UQÀM
en 1978.

C'est en 1980 que Doreen Hall incite soeur Marcelle à
fonder au Québec un chapitre de l'Association Carl
Orff - Musique pour enfants. L'association voit le jour officiellement
le 13 décembre de cette même année. Le
premier conseil d'administration compte trois membres : soeur
Marcelle Corneille, Lise Champagne-Lachapelle et Eliane Nugeant.
Dès 1984, la jeune équipe prépare le
congrès bi-annuel de l'Association qui se tient sur
le campus de l'UQÀM. Mario Duchesne y est invité
ainsi que des élèves de l'École Nationale
de Danse et de l'École Le Plateau. Le chapitre grandit
très rapidement. Le rayonnement de la pédagogie
Orff continue à l'UQÀM avec Chantal Dubois (à
partir de 1992) et s'étend à l'Université
Laval à Québec et à l'Université
de Sherbrooke avec Guylaine Myre. En 2002, Montréal
est pour la seconde fois l'hôte du congrès national
Orff. À cette occasion, soeur Marcelle reçoit
un certificat en tant que Membre Honorifique du Forum Orff-Schulwerk
de Salzbourg.
Le chapitre du Québec de l'association Carl Orff - Musique pour enfants demeure aujourd'hui une ressource importante en pédagogie musicale. En plus des publications et des ateliers offerts à ses membres, des liens ont été créés avec la FAMEQ afin de développer en partenariat des événements pour stimuler l'éducation musicale au préscolaire et au primaire.
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